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Le bonheur de l’espérance, c’est de continuer à désirer ce qu’on possède déjà

Le bonheur de l’espérance, c’est de continuer à désirer ce qu’on possède déjà
Publié le Mer.. 30 Nov. 2022 13:09
Prédications

Prédication du dimanche 27 novembre 2022

1er dimanche de l’Avent

« Des jours viennent où Dieu suscitera un roi qui règne avec compétence, qui défend le droit et la justice… Des jours viennent où l’on dira : Vivant est le SEIGNEUR… »

Ces oracles transmis par le prophète nous arrangent bien, finalement !

Est-ce parce qu’ils semblent promettre le retour des vêtements triomphaux du christianisme en Occident ? Ou simplement parce qu’ils peuvent servir de consolation rapide ? Enfin, il y aura une religion qui tiendra ce qu’elle promet ! Une telle promesse pourrait bien servir pour requinquer les troupes, souder la petite équipe que l’Église représente dans notre société aujourd’hui…

Or en réalité, nous sommes depuis longtemps témoins du dépouillement des vêtements triomphaux du christianisme, du moins en Occident. Il semble bien que nous n’avons plus d’autres choix que le désespoir devant la catastrophe - ou cette absurde espérance en Dieu. Les autres espoirs n’ont plus de sens. Il est important de comprendre que la seule promesse que Dieu fait à Jérémie, ce n’est pas le triomphe ou la réussite. C’est la promesse de sa présence, qui nous rejoint tel « un roi qui règne avec compétence, qui défend le droit et la justice ».

Ce qui est difficile, c’est que pour accueillir cette promesse, il faut renoncer à des quantités improbables de faux dieux ! Certains renoncements se sont certes imposés d’eux-mêmes, au prix d’amères déceptions : le "dieu" du progrès inéluctable n’a pas tenu ses promesses, et nous en sommes tristement orphelins. Alors grandit, du même coup, le faux espoir symétrique. S’il est faux de penser que, mécaniquement, ça ira mieux demain, il est tentant de se dire qu’il suffit de revenir en arrière, de rembobiner le film, pour résoudre tous les problèmes. Penser qu’on peut retrouver le passé, un passé aimablement idéalisé au passage, est évidemment une illusion, et pour nous chrétiens une illusion mortifère.

Il ne s’agit même pas de remarquer que ces époques, parfois présentées comme idéales, n’ont certainement jamais ressemblé au Royaume de Dieu, contrairement à nos reconstitutions costumées, et qu’elles ont connu, comme toutes les autres, leurs combats, leur poids de péché et leur part de grâce.

On n’espère pas dans le passé : on ne peut qu’espérer dans l’avenir. Mais il est vrai que le passé est toujours plus rassurant : les délices de la nostalgie en masquent le poison. Rien n’est moins chrétien que de serrer sans fin dans ses bras le cadavre de la vieille chrétienté.

Pour entrer dans l’espérance de Dieu, il est donc décisif de savoir ce que l’espérance n’est pas. Refuser les faux espoirs, c’est déjà un acte d’espérance. C’est n’attendre son salut que de Dieu ; et ne l’attendre que de lui, c’est déjà le recevoir.

Voilà pourquoi nos difficultés actuelles sont pour nous une chance inespérée. Nous sommes, un peu brutalement certes, dépouillés de bien des fausses sécurités, et nous voilà donc acculés à espérer en Dieu. Nous avons l’occasion de nous intéresser à Dieu lui-même, au salut qu’il nous offre, sans être aveuglés par tout le fatras de triomphes mondains, d’équilibres politiques et de consolations bien humaines qui n’ont cessé de l’accompagner durant des siècles.

Le prophète Jérémie n’a au fond qu’une seule révélation à offrir : Dieu lui-même est le seul objet de notre espérance. Ce n’est pas sans conséquence, car cela change peut-être le sens que nous donnons au verbe « espérer ». Non que l’espérance chrétienne soit d’un tout autre genre, sans lien avec ce que nous nommons communément espérance, mais cet objet singulier ne s’espère pas tout à fait comme on espère qu’il fera beau dimanche ou que Camille aura son examen. D’ordinaire, espérer, c’est désirer avec force et pour l’avenir.

L’espérance en Dieu, elle, ne peut pas se figurer. Les images populaires et naïves du paradis n’ont réussi qu’à le ridiculiser et en faire, dans la culture commune, un lieu un peu mièvre. Dieu dépasse ce que nous pouvons imaginer de lui, et de beaucoup. L’espérance chrétienne ne peut donc se confondre avec ces anticipations sympathiques, qui ne nous disent rien de Dieu. Le Dieu vivant n’a pas grand-chose à voir avec nos constructions préalables ; il est là où on ne l’attend pas, et il surprend, dérange, comble de façon toujours inattendue.

Le Dieu vivant reste libre de nos définitions : c’est ce qui le rend tout à la fois un peu perturbant et tout à fait merveilleux.

L’espérance chrétienne n’est d’ailleurs pas une attente : elle ne prend pas sa source dans notre besoin ou notre manque, que nous chercherions à combler d’une manière appropriée.

Elle n’est possible que parce que Dieu s’est donné le premier. Il ne s’agit pas d’attente, mais de don - d’un don que nous devons simplement recevoir. Contrairement à l’objet de nos espérances chanté à pleins poumons pour le temps de l’Avent, Dieu n’est pas à venir ni à attendre : il est déjà donné, et la seule difficulté consiste à accepter ce don. Espérer, c’est déjà posséder.

Cette possession n’est pas un projet, mais déjà une réalité. Notre espérance n’en renvoie pas la réalisation à plus tard ; sa possession peut être présente, effective, tout en restant toujours incomplète, perfectible ; elle est à la fois le présent et l’avenir. Nous n’espérons en Dieu que parce que nous le possédons déjà.

Voilà qui éclaire d’un jour nouveau la maxime souvent citée de saint Augustin : « Le bonheur, c’est de continuer à désirer ce qu’on possède déjà. » Loin d’être un appel à nous contenter modestement du peu que nous avons, qui n’est déjà pas si mal, Augustin souligne - en résonance avec le prophète Jérémie - que Dieu est la seule réalité que nous pouvons à la fois posséder et continuer à désirer dans le même temps.

Dieu est la seule espérance qui ne déçoit pas, parce qu’il ne cesse pas d’être une espérance quand il devient une présence ! Amen.