|
Les News
Liens
|
PrédicationChristelle Mulard le 09 Octobre 2011 à St Guillaume Message sur Jean XI, v.1.3. et 17-27 Je ne sais pas pour vous, mais si je venais de perdre mon frère, j'aurais bien du mal à accepter que le pasteur me dise simplement comme ça, en guise de consolation : "Ton frère ressuscitera. Il faut croire en Christ". Je trouve pour le moins déplacée l'attitude de Jésus, de servir à Marthe un exposé doctrinal compliqué tout entier centré sur sa propre personne, quand celle-ci pleure son frère décédé. En quoi une affirmation de foi aussi sèche et peu évidente pourrait-elle véritabement apporter consolation ? Jésus n'a-t-il donc aucune chaleur humaine ? Ne sait-il pas pleurer avec ceux qui pleurent ? Mais justement, Marthe ne pleure pas. Elle est dans le deuil, mais elle ne pleure pas. Des larmes, Jésus en aura pour son ami, mais seulement par la suite, pour répondre aux larmes de Marie, la soeur de Marthe. Et cesont ses larmes à elle qui vont le pousser à ressusciter Lazare, qui, plus encore qu'un frère, est pour les deux soeurs une importante protection sociale, puisqu'elles ne semblent pas être mariées. Et si Jésus ne répond pas de la même manière aux deux soeurs, c'est que leur attitude est profondément différente, ou plutôt, que Marthe a ici un pas d'avance sur sa soeur sur le chemin du deuil, un pas d'avance sur le chemin de la foi. En effet, Marie s'arrête à cette accusation cinglante, que porte aussi Marthe dans un premier mouvement : "Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort". Une telle accusation est fréquente lors de la disparition d'un proche, portée contre soi-même ou contre les autres : "Si j'avais été plus présent(e)... Si j'étais plus souvent venu(e) le/la voir... J'aurais dû revenir, me réconcilier avec lui/elle avant... SI j'avais su..." Même accusation contre Jésus dans la bouche des deux soeurs. Contre Jésus, qui pourtant savait, contre Jésus qui n'est pas venu les soutenir comme tant d'autres l'ont fait, alors que c'est lui qu'elles attendaient ! Cette accusation contre Jésus est du même registre ainsi que le cri de révolte de Job envers l'indifférence et le silence de Dieu face à son malheur et sa souffrance... alors que Dieu sait ! Même cri de souffrance blessée, même cri de révolte chez Marthe et Marie, mais là où l'une a perdu toute espérance et s'arrête dans les larmes, l'autre veut croire malgré tout. Elle s'accroche à son petit bout de foi pour ne pas sombrer dans la mort avec son frère. Son "je crois" est un parfait en Grec, le signe d'une chose acquise une fois pour toutes, et qu'elle ne veut pas voir remise en question par les événements de sa vie présente. Et même si Jésus est précisément ici "celui qui ne vient pas", du moins, qui ne vient pas quand on l'attend, et quand on n'attend d'ailleurs que lui, Marthe continue quand même, "même maintenant", à le confesser comme "celui qui vient". Marthe s'accroche, envers et contre tout, à la foi qu'elle a reçue un jour... et son attitude rappelle précisément celle du prophète Jérémie dans l'extrait des Lamentations que nous avons entendu tout à l'heure (Lam. 3, 22-26. 31-32). En effet, cette belle déclaration de confiance en Dieu fleurit alors que le prophète vient de décrire toutes les souffrances que Dieu lui a fait endurer. Et il introduit ces paroles par ces mots : "Mon âme se souvient bien de tous mes malheurs, elle est abattue au-dedans de moi. Mais voici ce que je veux repasser en mon coeur, ce pourquoi j'espère". "J'espère"... En Grec, ce verbe ets en fait hypomeno, et l'expression "dia touto hypomeno" serait plutôt à traduire comme "ce grâce à quoi je subsiste", "ce par quoi je peux tenir". C'est donc bien le même mouvement que Marthe : plongé dans le malheur et la souffrance, le prophète Jérémie se répète sa confession de foi en la bonté de Dieu, et c'est par cette conviction qu'il peut continuer à espérer, qu'il peut tenir dans les difficultés, et les traverser. Pas évident, un tel élan de foi indestructible ! Ce n'est certes pas donné à tout le monde... Et de même pour Marthe, croire que Jésus peut encore faire quelque chose pour elle ou pour son frère, alors que tout est déjà fini, alors que son corps pourrit déjà dans le tombeau, puisque l'âme est partie au quatrième jour selon la croyance de l'époque... Et pourtant, Marthe demande quand même à Jésus de l'aider. Elle continue de croire en lui malgré qu'il les a apparemment laissées tomber. Marthe demande de l'aide à Jésus, mais elle le laisse aussi libre de choisir comment. Elle ne demande pas explicitement ceci ou cela, ni même qu'il ressuscite son frère : "Mais, maintenant même, je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te le donnera". C'est autant un appel à l'aide qu'une déclaration de confiance. Si Marthe se révolte, elle ne perd pour autant pas sa foi en Dieu et en Jésus. Et Jésus ne condamne pas sa révolte. Il ne cherche pas non plus à se justifier, à donner raison à son silence et son absence si difficilement supporté par les deux soeurs. Il est intéressant d'observer que "se révolter", étymologiquement, cela signifie "s'enrouler sur soi", "revenir vers soi", certainement pour découvrir ou redécouvrir, vérifier aussi, son désir, sa raison d'être. La révolte est donc un mouvement positif de vie... tant qu'il ne s'arrête pas dans la révolte, mais ré-initialise les choses, fait revenir à l'essentiel en soi, pour continuer dès lors autrement. Or Marthe ne demeure pas dans la révolte. Elle demande de l'aide à Jésus. Et cette demande montre bien que, malgré tout, elle a gardé confiance en lui... mais elle sait maintenant qu'il ne l'aidera que s'il le veut, quand il le veut, et comme il le veut. Mais elle a confiance, et elle est aussi prête maintenant à accepter que Jésus ne réponde peut-être pas à ses sollicitations de la manière dont elle s'y attend, qu'il ait sa propre manière de faire, ses propres raisons. Marthe en arrive à "s'attendre à Jésus"... tout comme le chant des Lamentations parvient dans la douleur et la confiance à cette Parole, si difficile à accepter pour nous : "Il est bon d'attendre en silence le Salut de l'Eternel". Oui, nous ne pouvons rien faire pour contraindre Dieu à répondre à nos sollicitations comme nous le voudrions. La foi même, ne dispense en rien des problèmes et souffrances de cette vie. Marthe l'a maintenant bien compris. La foi est cette confiance qui reste malgré tout, que le Salut de l'Eternel vient. En ceci demeure sans doute la plus grande consolation, car elle trace un chemin d'espérance à travers la souffrance. Alors, consoler en raffermissant dans la foi, certes oui, mais en prenant bien garde que la personne s'est déjà elle-même mise en chemin. Jésus ne parle pas de la même façon à Marthe et à Marie. A nous, comme lui, de savoir comprendre où en est l'autre dans son chemin intérieur, et à nous adapter à son pas pour véritablement l'accompagner. Amen.
Dans la même rubrique :
|
|
|
Paroisse protestante de la confession d'Augsbourg d'Alsace et de Moselle
|
||

