Prédication du pasteur Jean Jacques REUTENAUER à la Cathédrale de Strasbourg

22 janvier 2012 Dimanche de prière pour l'unité des chrétiens



Prédication du pasteur Jean Jacques REUTENAUER à la Cathédrale de Strasbourg

« Aujourd’hui, c’est le premier jour qui vous reste à vivre ».
Certains me diront : « Evident, mon cher Watson parce que nous ne pouvons pas revivre hier ».
D’autres diront peut-être : « Mais il se prend pour Jonas, nous ne sommes pas à Ninive ici ».
Chers soeurs et frères en Jésus-Christ, il est vrai que c’est un peu une manière provocatrice pour souligner quelque chose que l’apôtre Paul écrit aux Corinthiens que nous avons entendu en langue allemande, lorsqu’il dit : « Frères, je dois vous le dire, le temps est limité ».
En regardant le texte grec, le texte originel, il est dit : « le temps est cargué ».
Pour ceux qui font de la voile, ils savent « carguer les voiles » veut dire les attacher au mat et cela signifie que l’arrivée est imminente comme Jean-Baptiste le disait : « le règne de Dieu est tout proche ».

Alors que devons-nous faire ?
Nous devons faire ce que Jonas a fait : annoncer cela, ne pas nous dérober comme il l’a fait une première fois, mais l’annoncer autour de nous car chacune et chacun d’entre nous, par son baptême, est invité pour ne pas dire ordonné pour être un témoin de cette Parole.

Ensuite je crois il faut éviter de le faire comme Jonas l’a fait qui se délectait dans le fait d’annoncer une punition parce qu’il voulait comprendre cela, il voulait comprendre sa mission ainsi. C’est lui qui peut-être y a beaucoup ajouté certainement, il a décidé et souhaité, comme le montre sa réaction faite de reproches lorsque Dieu décide de ne pas détruire Ninive.
Nous sommes invités et l’Evangile de ce jour nous y invite, à proclamer la Bonne Nouvelle : Evangile, Euangelium, cette bonne nouvelle de la grâce et du salut offert en Jésus-Christ.
Et lorsqu’on étudie encore une fois le texte grec, on se rend compte que dans sa formulation, l’auteur de l’Evangile selon Saint Marc, veut souligner la continuité de la mission de Jésus et celle de Son Eglise. Et c’est pourquoi l’évangéliste place après cette parole l’appel de collaborateurs, l’appel de disciples, Il a besoin de nous, Il veut nous confier notre mission.

Et que devons-nous faire ?
Nous devons nous convertir. On sait que ce terme peut être piégé. Mais ici il ne l’est pas parce qu’il est illustré par l’attitude des disciples. Il montre ce que cela veut dire se convertir. Se convertir veut dire s’ouvrir à la nouveauté de vie offerte en Jésus-Christ, c’est neuf. Ils abandonnent le sillon qui leur a été tracé depuis toujours, ils se libèrent, ils s’affranchissent de cette tradition pesante qui fait obstruction à toute nouveauté. On avait décidé à leur place qu’ils seraient pêcheurs et que
leurs enfants seraient pêcheurs et que leurs petits-enfants seraient pêcheurs. Non, ils s’affranchissent de cette tradition et devant eux s’ouvre une nouvelle voie.
Et cette nouvelle voie, elle s’écrit en Christ, en Christ par lequel l’appel au large nous parvient.
L’appel de nous bouger, l’appel de sortir.

Saint Exupéry a dit : « Si tu veux motiver des personnes pour construire un bateau, il faut d’abord leur faire entendre et adhérer à l’appel au large ».
Qu’est ce que cela veut-il dire pour nous aujourd’hui réunis en cette célébration pendant la semaine de prière pour l’unité des chrétiens ?

Nous pouvons nous réjouir que l’appel a été entendu, que l’appel a été fondé, que l’appel a été transmis.
Je me réjouis avec vous, chers soeurs et frères catholiques, du cinquantième anniversaire de Vatican II.
Je me réjouis avec vous pour cet accord signé entre la Fédération Luthérienne Mondiale et le Vatican en 1999 à Augsbourg où nous nous sommes mis d’accord sur la justification de la foi ; premier texte signé depuis la rupture en 1517.
document téléchargé sur www.cathedrale-strasbourg.fr page -2-
Je me réjouis avec vous de la signature de la Charte Oecuménique en 2001. De cette signature nous pouvons encore être plus fiers puisqu’elle a été signée ensemble entre Eglise Catholique, Orthodoxe et Protestante en l’église Saint Thomas.
Réjouissons-nous, de ces acquis, de prendre toujours à nouveau la décision d’annoncer la bonne nouvelle ensemble.
Mais pour avancer, il s’agit de nous convertir, de nous soumettre à une conversion perpétuelle c’est à dire, sans remettre en cause la fidélité à nos Eglises respectives et à ses traditions, toujours mieux répondre à l’appel du Christ, cet appel est toujours premier. Ainsi ensemble, nous nous attellerons à vaincre les pesanteurs, à surmonter les blocages, à faire sauter les verrous.
Comment ?

Beaucoup parlent de la semaine de l’unité et ils oublient le terme décisif dans le titre parce que cela s’intitule : « semaine de prière pour l’unité des chrétiens ».
Alors prions.

Kierkegaard disait : « La prière ne change pas Dieu, mais elle change l’homme ».
Alors prions ensemble afin que de cette ambiance morose par rapport à l’oecuménisme se transforme en espérance, prions ensemble pour que nous changions et que la paralysie, l’impression de surplace se transforme en énergie, prions ensemble pour que nous nous transformions afin que les silences et le mutisme se transforment en dialogue, en paroles
proclamées et vécues.

Chers soeurs de frères, c’est le témoignage qu’attend de nous le monde, un témoignage commun.
Quelqu’un écrivait : « Je vous souhaite la lumière qui vient du dialogue renoué car lorsque les séparés se parlent, le jour commence à danser sur la nuit ».
Alors mettons nous au service de la lumière en sachant, comme l’apôtre l’a dit, que le temps est limité. Cela veut dire qu’il y aura une fin mais qu’elle ne dépend pas de nous.

C’est pourquoi ne nous perdons pas dans l’avenir mais vivons aujourd’hui. Ce Dieu d’amour, proclamons-le ensemble, annonçons en paroles certes, mais aussi en actes, que aujourd’hui le temps, donc notre vie est remplie de sens parce que remplie d’amour, d’assurance et de foi, de joie, de partage, d’espérance, sachant que ce temps est entre les mains de celui qui a tous pouvoirs sur la terre et dans les cieux : Jésus-Christ.
Que la paix de Dieu qui surpasse toute intelligence garde nos esprits et nos coeurs en Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

Références bibliques :
Jonas 3, 1-5, Psaume 24 ; Corinthiens 7, 29-31 ; Marc 1, 14-20.


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