Prédication : Dimanche 23 janvier 2011

Dimanche de l'Unité



Prédication : Dimanche 23 janvier 2011
1 Corinthiens 1.10-17

10   Je vous exhorte, frères, par le nom de notre Seigneur Jésus-Christ: tenez tous le même langage, qu’il n’y ait pas de divisions parmi vous, mais soyez en plein accord dans la même pensée et dans la même opinion. 11 Car, mes frères, j’ai appris à votre sujet, par les gens de Chloé, qu’il y a des discordes parmi vous. 12 J’entends par là que chacun de vous dit: Moi, je suis de Paul! — et moi, d’Apollos! — et moi, de Céphas! — et moi, de Christ! 13 Christ est-il divisé? Est-ce que Paul a été crucifié pour vous, ou bien est-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés? 14 Je rends grâces de n’avoir baptisé aucun de vous, excepté Crispus et Gaïus. 15 Ainsi personne ne peut dire que vous avez été baptisés en mon nom. 16 J’ai encore baptisé la famille de Stéphanas, du reste, je ne sais pas si j’ai baptisé quelqu’un d’autre.
1Cor. 1:17   Car Christ ne m’a pas envoyé pour baptiser, mais pour annoncer l’Évangile, et cela sans la sagesse du langage, afin que la croix du Christ ne soit pas rendue vaine.

Prédication : Dimanche 23 janvier 2011
Chers sœurs et frères en Christ,

Je retrouve avec plaisir ce matin le texte de Matthieu qui était proposé comme texte de prédication il y a 2 semaines chez nous !
De ce passage émane une invitation à ne pas rester assis, cloué sur sa chaise ou « entre 2 chaises » dans le pays de l’ombre de la mort (le pays de tout ce qui n’est pas la vie), mais à se re-lever, se re-mettre en marche à la suite du Christ, en s’arrimant ferme à une espérance vivante : « Le royaume de Dieu s’est approché ». Et j’entends ce texte un peu comme le moteur profond de ce que nous faisons ce matin, en nous déplaçant les uns chez les autres, les uns vers les autres, à cause du Christ.

Pour moi, c’est probablement la dernière année que je me mets en route avec vous pour la semaine de l’unité : je serai dans une autre paroisse que le Temple Neuf à la rentrée prochaine. Je voudrais ici dire ma reconnaissance pour la richesse de l’échange, année après année, et pour l’honneur d’avoir été invitée à entrer chez vous, mes voisins, et à m’installer parmi vous le temps d’une rencontre ; en témoignage, justement, de cet essentiel qui nous est commun, de ce souffle d’espérance qui nous anime, c’est à dire qui nous donne non seulement une âme, mais à proprement parler « la vie ».

Comme un fait exprès, cette année, l’un des textes du jour pose la question de l’unité !...
Pas évident de se lancer dans ce texte pour une prédication, même chez des voisins que l’on commence à bien connaître ! Encore moins évident quand Paul nous met en garde contre “la sagesse du langage”, sophia logou en grec : il écrit en effet  qu’il est envoyé pour annoncer la Bonne Nouvelle « mais pas dans  la sagesse du langage » …
Mais comment ne pas prendre le risque de s’y frotter un peu tout de même aujourd’hui ?

Essayons au moins d’éviter le piège à propos duquel Paul nous alerte. Lorsqu’il dit s’abstenir de témoigner par “Sagesse du langage”, Paul nous invite à faire attention, lorsque nous interprétons la Bible et lorsque nous tentons de témoigner de l’Evangile à ne pas trop jouer avec les mots, ou avec les codes de langage et concepts à la mode
de peur de nous éloigner du sens, de rester dans le superficiel, dans ce qui sonne bien, dans les beaux programmes qui n’ont en fait aucun avenir réel
de peur aussi, d’enfermer l’Evangile dans la lettre et de ne pas laisser parler, de lui-même, l’esprit qui l’habite
de peur de rester cantonné au texte, au “c’est écrit” stérile, et de ne pas laisser le message s’enraciner en nous et nourrir, dans la profondeur, nos vies, nos gestes d’hommes et de femmes d’aujourd’hui, ou même nos pratiques d’Eglise.

Prédication : Dimanche 23 janvier 2011
Lorsqu’il écrit cette lettre, Paul remet en place, pour ainsi dire, la communauté de Corinthe. Des dissensions sont apparues et opposent maintenant des clans les uns aux autres.
Face à cela, Paul appelle non pas à tant l’uniformité, qu’à l’unité. La limite entre les deux est difficile à cerner avec précision, mais elle fait toute la différence. Pierre et lui n’étaient, au début du ministère de Paul du moins, pas du même avis, ne partageaient pas la même vision de l’Eglise, semble-t-il. Pour autant, Paul témoigne toujours d’un souci d’articulation entre la réalité d’Eglise qu’il vit et celle que la première communauté de Jérusalem développe.

Paul invite les membres de la communauté chrétienne de Corinthe – et nous invite par la même occasion nous aussi – à entrer dans un mouvement identique à celui que propose Jésus et dont témoigne le texte de Matthieu auquel je faisais référence tout à l’heure : se mettre en route, se convertir, c’est-à-dire se tourner vers ce qui fait vivre, vers l’essentiel, à savoir le Christ Jésus.
Cela peut se vivre dans la différence : ce qui sépare les différents clans de Corinthe ne tient pas à des divergences théologiques fondamentales. Il n’y a donc pas de raison de se lancer dans des luttes intestines. Au contraire !
En avançant à la rencontre de Dieu, en se mettant réellement en route pour vivre la réalité de la logique de l’Evangile pour le monde, pour ici et pour aujourd’hui, les Corinthiens se rendront compte, par la force des choses, qu’ils avancent les uns vers les autres, puisqu’ils ont le même objectif, la même ligne de mire !

Pour nous, il en sera de même à chaque fois que nous nous risquerons au dialogue, voire au débat, si nous le faisons dans le but de mettre en évidence le Christ et pas nos chapelles personnelles.
Il sera alors question de complémentarité de point de vue, d’enrichissement réciproque, mais aussi de garde-fous réciproques peut-être, lorsque la différence de l’autre m’appelle à vérifier le bien fondé de mes prises de positions.

Qu’il y ait des portes d’entrées différentes dans l’Evangile, c’est normal, voire vital : nous ne fonctionnons pas tous sur le même mode, sur le même modèle ;
mais la porte d’entrée n’est pas le but en soi ; l’essentiel, c’est Celui qui demeure ou pérégrine de l’autre côté de la porte, le pays sur lequel s’ouvre la porte et qu’il faut parcourir.
Une question nous est donc renvoyée ce matin comme un défi à relever pour chacune de nos communautés : qu’en sera-t-il de notre témoignage si nous ne témoignons que de la porte par laquelle nous sommes entrés ?!

Amen.


Prédication faite à la cathédrale de Strasbourg par Claire-Lise Meyer.

Traduction : Nouvelle Version Segond Révisée ©Société Biblique Française, Villeurs-le-Bel, France, 1978.


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